Parce que ce n'est qu'une Utopie, un fantasme, un rêve, derrière lequel chacun de nous court perpétuellement, avide de connaître ce "Bonheur Parfait".
Tu ne sais pourquoi, tu ne sais comment, parfois même, tu ne sais quand, ça te tombe dessus, sans que tu ne puisses rien y faire. Alors, tu arrêtes de courir, tu cesses de chercher en vain, tu viens de le trouver, tu viens de combler ce manque. Tout est encore nouveau, peu importe le nombre de fois où tu as pu le toucher, il change de forme sempiternellement, et tu t'adaptes à lui, tu t'adaptes à ton nouveau toi, tu le touches, tu y prends goût, tu le vis, et la vie prend enfin tout son sens, plus aucune question, plus aucun doute, plus aucune peine, tout semble si évident. Tu te lèves le matin le coeur empli de joie, l'âme souriante, plein d'espoir et d'envies, fort de toi-même aujourd'hui.
Le Bonheur Parfait est si agréable, tu t'y habitues, et tu te dis que jamais cela ne pourrait en être autrement. La pleinitude, quel sentiment plaisant...
Mais parce que ce n'est qu'une utopie, tu te réveilles un jour le coeur saignant, l'âme pleurant de l'avoir perdu, il s'est échappé, encore, il va prendre une autre enveloppe, encore, et encore, tu vas devoir le chercher. Mais le vide qu'il laisse est si profond, la plaie, si vive et la douleur, si intense. Ton corps est transpercé de mille lames et ton âme est morcelée, perdue dans un espace infini.
En vient alors la question éternelle "Ai-je vraiment la force, ou même l'envie ?".
Alors tu sombres, toujours plus bas, tu saignes, si abondamment, tu meurs, encore un peu plus. Tout autour de toi parait morne et sans intérêt, tu te plonges dans un état végétatif, tu laisses passer les minutes, les heures, les jours, les semaines, et cela juste pour apaiser ta souffrance.
En vain, tu restes impuissant.
Courir, encore et toujours, après ce fantasme de Bonheur Parfait, c'est là le seul et unique point commun de chaque être humain. Courir, encore et toujours, pour arriver peut-être à le frôler, mais essouflé, le laisser filer. Qu'est-ce qui nous pousse donc à tous vouloir cette même chose, les leçons ne sont-elles pas pourtant claires ? Il n'apporte que souffrance, haine et solitude. Le Bonheur qu'il procure n'est qu'éphémère, et une fois éteint, décuple le mal-être de chacun, il n'est que cadeau empoisonné, il n'est que la plus perfide des épées de Damoclès. Et pourtant, nous courons, encore et toujours.
Le comprends-tu ? L'aimes-tu ? Y crois-tu ? Ne vivrais-tu pas mieux sans lui ? Est-il si important, vaut-il tout le mal que tu t'infliges, vaut-il le sang que tu verses, le temps que tu perds, les larmes que tu pleures ? Juste pour quelque minutes de Bonheur Parfait qui te laissent par la suite toujours plus mal, et qui te font courir encore et toujours plus vite ?
Oh, machiavélique cercle vicieux...
Nous sommes tous donc masochistes et stupides de ne pouvoir assimiler l'évidence même.
Nous sommes tous donc condamnés à courrir vainement.
Nous sommes tous donc destinés à souffrir continuellement.
Tout ça pour quoi ? Pour une utopie, un fantasme, un rêve, que l'on aime croire être réalisable ? Imbéciles êtres humains...
Le Bonheur Parfait n'est que passade dans ta vie sans intérêt, il ne fait que la remuer un peu, pour te faire croire important, mais jamais il ne reste, il t'abandonne, et toi, tu cherches.
Tu le retrouveras, peut-être, mais il te laissera encore et encore, jamais tu ne pourras le dompter. Alors, le bonheur presque parfait fera son apparition, et las de courir, tu te poseras, tu apprendras à marcher dorénavant, avec cette pâle copie, ce placebo. Tu ne ressentiras peut-être pas la même force, mais, à double sens, tu ne ressentiras pas la même douleur. Alors, que choisiras-tu ?
...
Parce que ce n'est qu'une utopie, un fantasme, un rêve... Mais parce que je ne suis qu'un stupide être humain, je cours, encore et toujours, je ne l'ai attrappé qu'un si bref instant que je n'ai pu en voir toutes les couleurs ni goûter tous ses parfums. Il m'a échappé sans que je ne puisse intervenir, il m'a meurtrie si profondément que la plaie ne cicatrisera sans doute jamais, il m'a laissée encore plus seule qu'il ne m'avait trouvée. Pourquoi ? Peu importe. L'Amour, c'est aussi accepter de tout arrêter, et pouvoir le faire, pour le Bien de celui que l'on aime, fût-ce à notre propre dépend. Alors peu importe, et courons.